Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/42

Cette page a été validée par deux contributeurs.


peuple fera bien un roi ! Or sus, Jehan Le Gras, laisse là ta boutique et ta draperie ; mets sur ta tête cette couronne, sur tes épaules ce manteau royal, qui servirent l’autre semaine, lorsque fut joué le mystère du roi Salomon ; prends aussi le sceptre ; bien ! Monte maintenant sur ce charriot, puis marchons, et nous saurons bien te dresser quelque part un trône. » Et le cortège, se mettant en marche aux acclamations discordantes d’une populace enivrée, parcourut toutes les rues de la ville, et arriva dans l’aître de Saint-Ouen, près la croix. Là un trône fut élevé en peu d’instants, et le nouveau roi y fut assis, tremblant, pâle de terreur ; car, si simple que fût cet homme, il voyait bien qu’il était le sujet du peuple ; or un peuple en délire est un maître redoutable. Et puis maintenant va commencer le règne du roi d’un jour, Jehan Le Gras, premier de ce nom.

« Sire, lui crièrent mille voix ensemble, les impôts nous grèvent : ne veux-tu pas qu’ils soient abolis comme l’avait ordonné Charles-le-Sage ? » — « Oui, bégaie le fantôme de roi ; j’octroie l’abolition des impôts. » À l’instant, sur toutes les places, dans toutes les rues de Rouen, dans les halles, dans les marchés, retentirent ces mots, toujours magiques aux oreilles des peuples : « Plus de tailles, plus d’impôts, plus de « taxes ; vous serez francs et libres de toutes char-