Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/41

Cette page a été validée par deux contributeurs.


trat suprême se rendant solennellement à l’Hôtel-de-Ville, allait prendre possession de la mairie environné de ses douze pairs, de ses douze prud’hommes, escorté de ses trente-deux sergents revêtus de leurs grandes robes de livrée, alors, dans la foule innombrable qui se pressait sur son passage, il n’était nul si hardi qui n’ôtât son chaperon en toute hâte, et qui n’inclinât humblement la tête. Mais aujourd’hui, son tour était venu de s’humilier et de se taire ; ce prétoire ou ses prédécesseurs et lui avaient rendu la justice, il venait d’être renversé de fond en comble : sa geôle avait été forcée, ses prisonniers délivrés, ses pairs et ses prud’hommes insultés, ses trente-deux sergents mis en fuite ; et pas un d’eux n’eût osé marcher Rouen, la verge en main, avec sa robe de livrée ; car maintenant le peuple voulait régler lui-même ses affaires et tout voir par ses yeux.

Toutefois, à cette multitude en délire qui, depuis deux jours, s’épuisait en cris inutiles, il sembla tout à coup qu’il lui fallait un roi qui autorisât ses désordres et rédigeât en lois ses caprices et ses fureurs ; mais c’était un roi de son choix qu’elle voulait, un roi son esclave, un roi son ouvrage, son instrument passif et docile.

« Le roi de France ni ses conseillers ne pourraient faire un peuple (criait-on de toutes parts), mais un