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Dans son Bissac, six vieux oignons pourris,
Sen cauche-pied aueuq une Gamasche
Por venir vair ichy le luge en fasche :
Vo sçauez bien coume y veut finement
Mes petits Piars auer injustement,
Veu que leu loge est dessus may bastie,
Su ses poincts là y-vo faut engagner
Por mieux me faire aueu despens gagner
Le grand prochez meu pour un nid de Pie.

Vo n’ignorez que dans notre poys
Y n’est cogneu que por une ragache,
Et qui dourret sen corps et ses habits
O grand Guignaud por auer une casche
Sur sez vezins qu’à tou coups y l’agache :
Et l’otre jour y fit un faux serment
Por le licos qui print d’une jument,
Dont y poyst quinze livre et demie,
Et j’ay esper quay qui veille gronder
Qu’auec le dret je pourray emporter
Le grand prochez meu pour un nid de Pie.

J’ay st’ année chy du groüin de mes fruits
Tou les matins allant à la pourcache,
De sidre doux fait environ deux muids
Qui valent mieux que su vin qui agache,
Et de verdeur fait sucher la moustache :
Si je connets que votte entendement
De men prochez me vide entièrement,
Vo le zerez por aueu ceste Pie
Faire les Roys et près du feu tocquer
Se par hazard no me veut évoquer[1]
Le grand prochez meu pour un nid de Pie.

Su men fumier, oncore je nourris
Un gros copin, que queuque fois je casche
De ses soudards, mille fois pu hardis
A picorer mes dindots et ma vasque

  1. Allusion à l’abus des évocations contre lequel protestèrent si souvent les États de Normandie.