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eu lieu, ce jour-là, en grande pompe, des jeux poétiques, où, en présence d’une multitude pieuse et lettrée, accourue en hâte, de toutes parts, des vers étaient récités et couronnés en l’honneur de la fête, au bruit des acclamations et des fanfares. Mais, qu’est-ce que tout cela auprès de la foi des simples, de la foi des humbles, de la foi des malheureux, invoquant avec ferveur et espoir celle que, dans des prières apprises dès l’enfance, ils appelèrent toujours la Consolatrice de l’homme en peine ? Nos quatre affligés, donc, y recourant, dans cet abandon du monde, en ce jour dédié à Marie, Notre-Dame de Bon-Secours les vit tous quatre, dans son vieux temple, prosternés, pleurant, criant vers Dieu, du fond de l’abîme ; ils y étaient allés nu-pieds, à jeun, en pleurs ; et ainsi en devaient-ils revenir ; surveillés, au reste, et gardés de près par des cavaliers de la maréchaussée, qui les avaient suivis au départ, et qu’à leur retour ils voyaient les épier avec plus de rigueur encore ; tant, d’instant en instant, le nuage devenait épais et noir sur leurs têtes, tant était prêt à éclater l’orage ; tant enfin, leur perte était imminente, inévitable désormais ! Arrivés au bas de la montagne, près de l’église Saint-Paul, de grands cris se faisant entendre tout-à-coup, puis une multitude bruyante se hâtant au devant d’eux, en poussant mille cris confus, et ne restant plus