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par charité dans nos collèges, il avait toujours ressenti profondément un si grand bienfait, que son cœur le pressait de reconnaître. Il devait aux Lettres toute sa fortune ; il la leur voulut rendre en les faisant ses héritières. Et, comme on s’étonnait, en France, qu’au milieu du XVIIIe siècle, Rouen, une si grande ville (la ville de Corneille) n’eût point encore d’Académie, il lui avait légué, en mourant, ce qu’il fallait pour en établir une.

Que, sur cela, on n’eût cessé depuis dix ans de contester, de disputer, de plaider et d’écrire, vous l’allez aisément comprendre tout à l’heure. C’est qu’après la mort du savant et généreux chanoine, était venue s’abattre et fondre sur Paris une épaisse nuée de Le Gendre, réclamant à grands cris son riche et désirable héritage. Ils étaient tous Normands, assuraient-ils ; et, de vrai, ce point n’a jamais été contesté ; mais, de plus, à les entendre, ils étaient tous très proches parents du défunt ; et, à cet égard, on avait des scrupules. Tous ces Le Gendre, quoi qu’il en soit, criant bien haut à la spoliation, à la suggestion, à la captation, avaient attaqué le testament de l’abbé ; si bien que, dix années durant, la grand’chambre du Parlement de Paris devait ne voir, n’entendre qu’eux, et, si elle les en eût voulu croire, n’aurait eu souci d’aucune autre affaire.