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rentrée du Parlement est un événement notable pour la ville tout entière et qui chaque année la met en émoi. Aussi, voyez comme les compagnies armées, accourues au premier bruit de l’arrivée de M. de Frainville, se sont empressées de l’escorter jusqu’à son hôtel ; comme les échevins, revêtus du costume d’apparat, sont venus en hâte lui présenter le vin de ville ; avec quel respect, en un mot, on lui prodigue tous les honneurs dûs au premier magistrat de la province ! Mais, avant tout, il veut reprendre le commandement des armes, droit dont il s’est toujours montré jaloux à l’excès ; et, faisant approcher les capitaines, à son tour, il leur va donner le mot d’ordre, comme ils ne s’y sont, hélas ! attendus, que de reste. Force donc leur était bien de s’expliquer maintenant, non sans quelque embarras, on peut le croire ; de dire que c’était chose faite, qu’une dame avait pris les devants ; de conter enfin toute l’aventure à M. de Frainville, qui, en les entendant, croyait rêver, et dont vous ne sauriez imaginer la surprise et le dépit, mais non tels toutefois qu’à son tour il ne donnât aussi son mot d’ordre aux capitaines, à qui force fut bien de le prendre ; et alors cinquanteniers, arquebusiers, garde bourgeoise, les voilà tous de par les rues, de compte fait, avec deux mots d’ordre différents ; ils devaient n’en point manquer de sitôt. — Ce n’était là, au reste (pen-