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Saint-Ouen, fait tout d’abord approcher les capitaines et leur donne bravement le mot d’ordre, recommandant bien qu’on revînt le lendemain sans faute le recevoir encore, puis les jours suivants le prendre toujours ; car le commandement des armes était sien (disait-elle) en l’absence du duc son mari, qu’elle prétendait représenter de tous points ; et l’époux n’a prérogatives, honneurs et gloire d’aucune sorte dont l’épouse ne soit en droit de revendiquer sa part. Est-il vrai que pour son premier mot d’ordre elle choisît ce proverbe : Les absents ont tort ? Je ne l’oserais affirmer, ne le sachant que par ouï-dire. La maxime, quoi qu’il en soit, est véritable, et on l’allait éprouver tout à l’heure.

De vous dire cependant l’embarras de ces capitaines, en recevant d’une dame le mot d’ordre, me serait une chose malaisée, rien, ce leur semblait, n’étant plus nouveau sous le soleil, et nul d’entr’eux, en tous cas, ne s’étant jamais trouvé à pareille fête. Au Parlement seul avait toujours appartenu, en semblable occurrence, le commandement des armes dans la ville, et, partant, le droit exclusif d’y donner à tous le mot d’ordre. Qu’allait dire le premier président, attendu d’heure en heure à Rouen pour la rentrée de la Saint-Martin ? Et, de fait, voilà M. de Frainville qui survient le jour même, non sans grand fracas en tous lieux. Car la