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la province, sous le duc de Longueville. Le duc de Longueville était peu venu à Rouen depuis sa joyeuse entrée ; Villars n’y venait guère davantage, et Potier de Blérancourt, lieutenant de roi, était très souvent ailleurs. Au premier président du Parlement devait revenir le commandement des armes, en l’absence de ces trois hommes de guerre ; jamais ce point n’avait été mis en dispute. Mais M. de Frainville, à cinquante lieues de là depuis deux mois, s’éjouissait paisiblement de ses vacances. Et pensez, grâce à tout cela, combien la cité était bien gardée ! Or, voilà sur ces entrefaites qu’arrive tout à coup sans son mari la duchesse de Villars-Brancas, escortée par les compagnons de la cinquantaine et les arquebusiers envoyés à sa rencontre. Elle s’enquiert, on lui répond, elle s’étonne non sans sujet. Dans Rouen, pour l’heure, ni gouverneur, ni lieutenant-général, ni lieutenant de roi, ni premier président, personne enfin pour commander la force armée ! Et que l’Anglais survînt néanmoins, qui de tous temps nous l’a gardée bonne, qu’allait-il en être, je vous prie, de notre ville ainsi prise au dépourvu ? Par fortune, Mme de Villars n’était point une de ces langoureuses femmelettes, toujours souffrantes, ce leur semble, et prêtes à s’évanouir, hormis quand il s’agit de la danse ; mais bien une femme de tête et de résolution, se sentant du courage en son cœur, et l’humeur