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Mais, arrêtant ici l’avocat des intimés, Brétignières s’était levé brusquement, rompant enfin un silence qu’il voyait si mal compris. « Eh ! pourquoi donc, s’écriait-il d’une voix tonnante, pourquoi ces Romains dont vous parlez avaient-ils exclu de leurs codes la loi cruelle que vous n’avez pas honte de nous vanter ici comme bonne, saincte, et faicte à bonne cause ? Car nous venons de vous entendre tous la qualifier ainsi. Pourquoi leurs sages, leurs empereurs, Callistrate, Arcadius, Honorius, ont-ils, au contraire, proclamé si haut que le crime du père et son supplice ne peuvent ni entacher ses enfants, ni influer en rien sur leur destinée ; que la peine est pour le coupable, ne regarde que lui seul, et qu’on doit laisser en paix ses proches, ses amis, ses gens, qui, pour avoir appartenu de si près au condamné, n’en sont pas moins sans doute étrangers à sa faute ? Pourquoi (les Normands seuls exceptés) ne la trouve-t-on, cette dure coutume, chez aucun peuple du monde ? Ah ! c’est qu’elle est inique, contraire au droit divin, contraire au droit naturel, qui ne saurait permettre que le fils porte l’iniquité du père, et que la peine survive au coupable. Elle détourne du crime, dites-vous ? Dites plutôt, dites qu’elle y pousse violemment, irrésistiblement, les enfants qu’elle déshérite ; dites qu’elle les précipite dans l’abîme. Car, que deviendront, je vous prie, ces