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portail de Notre-Dame, et la tête tranchée au Vieux-Marché. Puis, quoiqu’il laissât trois enfants en bas âge, ses biens avaient été dévolus au fisc ; et jusque là nul n’eût osé rien dire ni penser même, la confiscation des biens d’un supplicié étant alors, presque partout en France, un dogme fondamental et révéré de tous. Mais, peu de temps après l’ignominieux et sanglant supplice de Guillaume Laurent, le vieux père du condamné étant mort de honte et de douleur, alors avait été donné à la ville de Rouen un hideux spectacle. Chose horrible, on avait vu aussitôt, non plus cette fois les agents du fisc, mais la fille de ce vieillard mort tout-à-l’heure, la sœur germaine de Guillaume Laurent le décapité, la tante des trois orphelins, venir dire à ces innocents, qu’avait recueillis leur aïeul, après le supplice ignominieux de leur père : « Or sus, sortez d’ici tous trois, rien de ce qui fut à votre grand-père ne peut vous appartenir ; ces biens de mon père, dont le vôtre eût hérité sans son crime, me doivent revenir sans partage. » Elle l’avait dit, et elle l’avait pu dire, car (prononçait le grand Coutumier de Normandie), l’enfant d’un supplicié ne peut hériter de personne[1]. Et comme le tuteur des trois enfants avait

  1. Aulcun qui soit engendré de sang damné ne peut avoir, comme hoir, aulcune succession d’héritage. » Le grand Coustumier du pays et duché de Normendie, titre xxiv : De Assise.