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dont il était le chapelain. Accablé par l’évidence, il confesse tous ses crimes, commis, dit-il, à l’instigation du démon : « diabolo ipsum instigante. » Tous les chanoines de la métropole sont assis en jugement dans la salle capitulaire, hormis celui d’entre eux que l’accusé a voulu tuer, et qui n’a pas voulu, qui n’a pas dû siéger parmi les juges : « Christi nomine primitus invocato (dit la sentence), sedentes pro tribunali, et solum Deum præ oculis habentes. » — Voilà une grave et redoutable assemblée ! que va-t-elle décider ?

Avant tout, le coupable doit être excommunié, pour avoir osé mettre la main sur un prêtre. Donc, tandis que les toutes cloches de Notre-Dame s’agitent dans les tours, le doyen, éclairé par douze cierges, que tiennent douze prêtres rangés en cercle autour de lui, lit à Bellefosse la sentence qui le déclare anathème, puis les douze cierges sont jetés à terre et foulés aux pieds ; car il ne faut plus que, désormais, ils éclairent aucune œuvre humaine. Après quoi, les chanoines condamnent le coupable à faire pénitence, sa vie durant, dans le lac de misère destiné au châtiment des grands criminels, « in nostro carcere, scilicet in lacu miseriæ ad pœnam specialiter deputato ; » à y vivre du pain de douleur, de l’eau d’angoisse et de tristesse : « ad panem doloris et aquam angustiæ et