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y a plusieurs crappeaulx et austres bêtes vénéneuses[1]. » Il est pâle encore et terrifié, rien qu’en y songeant ; et on voit, à la contenance des magistrats qui l’écoutent, que son récit les a glacés d’effroi.

Avranches, aussi, avait ses oubliettes épiscopales. En 1509, un chanoine vient se plaindre à l’Échiquier de Normandie, des gens de l’évêque, qui « l’ont mis « dans la prison de l’évesché, orde et vile prison, profonde d’une lance et demye dedans terre, et illec misérablement traicté[2]. »

Hélas ! à Rouen, les prisons de l’officialité n’étaient pas un moins horrible séjour. Le nom que leur donnaient les juges même qui y envoyaient jeter les condamnés, fait frémir en le lisant. Ils l’appellent la fosse, le lac de misère, à la lettre, « fovea, lacus miseriæ. » Par ces mots énergiques, on voit assez ce que pouvait être la chose. Les condamnations de ce genre sont en grand nombre dans les vieux registres de la Cathédrale ; il nous suffira d’en choisir une entre mille. En 1400, Pierre de Bellefosse, chapelain d’un chanoine de la Cathédrale, comparaît devant le chapitre, accuse de plusieurs vols et d’une tentative d’assassinat sur le Chanoine Carrel, celui-là même

  1. Regist. du Parlement de Normandie (séant alors), à Caen ; Tournelle, 2 mai 1590.
  2. Reg. ; Echiq. 27, 13 juillet 1509.