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tout commerce avec leurs semblables, ne vivaient plus que de pain, d’eau et de ténèbres. Les prisons des officialités ne le cédaient en rien aux vade in pace. Des lettres-patentes du roi Charles V parlent des oubliettes de l’évêque de Bayeux ; elles font mention de malfaiteurs « dont aucuns (disait le monarque) furent pris et pendus à Baïeux, et les autres mis en oubliète en la court de l’évesque dudict lieu de Baïeux, là où ils moururent pour leurs démérites[1]. » On voit assez que c’était quelque souterrain ténébreux où ces scélérats avaient été jetés pour y attendre le supplice, ou même pour y mourir sans qu’on s’occupât d’eux davantage. À deux cent dix ans de là, elles existaient encore, ces terribles oubliettes, et le temps ne les avait pas amendés. Le 2 mai 1590, au plus fort des troubles de la Ligue, on voit se présenter aux magistrats fidèles du Parlement de Normandie, réfugiés à Caen, un avocat de Bayeux, qui raconte qu’après s’être rendus maîtres de cette ville, « les ligueurs, en indignacion de son attachement à ses roys, l’ont mys dans les prisons, cachots et oubliettes du sieur évesque de Bayeulx, qui (dit-il), sont prisons horribles à veoyr seullement, ausquelles on ne peult veoyr, dedans lesquelles il

  1. Litter. remiss., ann. 1380, ex Reg. 117, 141, Chartophil. reg.