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sentant) allait, ce jour-là, lever la Fierte révérée de saint Romain, et recouvrer, par sa vertu puissante, la vie, ses biens et sa liberté ; mais, dans ce grand acte de grâce, le prélat n’avait eu que sa voix comme tous les autres chanoines ses collègues ; cette voix n’avait compté que comme celle du moindre d’entre eux ; et je n’avais jamais vu que nos archevêques eussent pu, naguère, exercer autrement le droit de grâce. Mon étonnement a donc été grand, lorsqu’il y a quelque temps, compulsant, aux Archives du royaume, un registre du trésor des vieilles chartes de France[1], tout à coup se sont offertes à mes yeux des lettres de rémission données par un archevêque de Rouen, et des lettres-patentes du Roi de France, qui, confirmant celles du prélat, proclament hautement le droit qu’avaient les archevêques de Rouen de faire grâce, en certains jours et dans de certaines limites. Cet archevêque était Guillaume de Vienne ; ses lettres de grâce sont du premier dimanche de septembre 1393, jour où le prélat fit à Rouen sa joyeuse entrée : il importe d’en parler avec quelque détail.

Invoquant d’abord les droits, prérogatives et antiques libertés de l’église cathédrale de Rouen et de son siège métropolitain, Guillaume de Vienne prend son diocèse à témoin que, de tout temps, et aussi loin

  1. Reg. 145, Chartoph. rég., chart. 162, fol. 29 et 30.