Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/255

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Les voyant si haut placés, le peuple qui, peut-être, les eût dédaignés faibles et pauvres, les écoutait riches et puissants, et, à leur parole, s’humiliait devant le monarque invisible, dont la majesté semblait se refléter sur ses envoyés. — On voit partout, dans nos histoires, combien fut grand, naguère, en France, le pouvoir des évêques. Il y en avait quelques-uns que nos rois avaient admis au partage du droit de grâce, ce droit si véritablement royal, cette prérogative la plus incommunicable de toutes celles de leur couronne. Longtemps, on le sait, et jusqu’aux dernières années, presque, du règne de Louis XV, les évêques d’Orléans furent en possession de délivrer, au jour de leur joyeuse entrée dans leur ville épiscopale, tous les criminels qui se trouvaient, ce jour-là, dans les prisons d’Orléans ; et les coupables s’y trouvaient toujours en grand nombre, avertis qu’ils avaient été longtemps à l’avance, du jour et de l’heure de l’entrée du prélat. C’était là une large prérogative, sans doute, et à peine nos rois en pouvaient-ils tant faire. Toutefois, Louis XIV lui-même, ce roi si roi, ne s’en était point montré jaloux. Au milieu de son règne, au plus fort de ses succès et de sa gloire, lorsque la terre, pour ainsi dire, se taisait en sa présence, on vit l’évêque Du Cambout de Coislin exercer le droit de grâce de son siège dans toute son étendue, et avec plus d’éclat,