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messieurs du Parlement ; on vous attendait aujourd’hui, et ils ont voulu venir au-devant de vous. » Au même instant, M. Camus de Pont-Carré, revêtu d’une simarre de soie noire, qu’à cette époque un premier président ne quittait jamais, descendit de l’équipage doré, et, s’approchant de la portière du coche : « M. Jouvenet, dit-il en souriant de l’air le plus affable, c’est votre ville natale qui vient vous recevoir, dans la personne de son premier magistrat. Soyez les bienvenus, vous, votre sœur, et votre nouveau tableau, dont tout Paris nous écrit des merveilles. Le Parlement est impatient de le voir ; il lui tarde, surtout, d’admirer son illustre auteur. Nous qui avons des palmes pour les lauréats des écoles, comment ne serions-nous pas empressés de reconnaître et d’honorer le génie ? »

Il fallut que les deux humbles voyageurs montassent dans le somptueux équipage, où brillaient de toutes parts, sur un champ d’azur, l’étoile et les trois croissants d’argent des Pont-Carré. Le premier magistrat de la province s’assit dans le fond entre le frère et la sœur ; sur le devant étaient les présidents d’Esneval et de la Ferté, avec un fils de M. de Pont-Carré. Tout cela avait été si prompt, si rapide, que Jouvenet et sa sœur n’avaient plus songé à leur impertinent compagnon de voyage, et ne l’avaient pas vu se blottir dans