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de brillante apparence. Aussi, un petit-maître frisé, poudré, musqué, assis en face de nos deux modestes voyageurs, paraissait-il rempli pour eux d’un inexprimable dédain. Aux hôtelleries, sur la route, il avait affecté de se faire servir dans une chambre à part ; mais, dans la voiture, il lui fallait bien être là avec eux face à face ; et c’était plaisir que de le voir prendre ses aises avec l’abandon le plus familier, nonchalamment couché sur son banc, les jambes étendues, les pieds posés sur celui, qu’occupaient, en partie, ses deux compagnons de voyage, et paraissant se demander toujours comment de pareilles gens pouvaient avoir pris la liberté grande de monter dans le carrosse.

Pour les deux obscurs voyageurs, ils prenaient le tout en gré ou en patience ; seulement le vieillard échangeait de temps à autre, avec sa compagne, un doux et imperceptible sourire.

Depuis bientôt trois jours que le carrosse avait quitté Paris, notre élégant n’avait pas encore adressé un mot à ses deux compagnons d’infortune, lorsqu’enfin, las de ne point parler, et peut-être aussi de ne penser guère, il laissa s’échapper cette question, comme par grâce : « Mon cher, qu’allez-vous donc, ainsi, faire à Rouen ? » — « J’y vais, répondit humblement le voyageur, exercer ma profession. » — « Ah ! et vous êtes ?… » — « Je suis peintre, répondit le