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sage normand doué d’un flegme imperturbable, et qui, pourvu qu’il arrivât, par la suite, à Rouen, terme du voyage, était visiblement assez peu en peine du jour et de l’heure.

Cocher, chevaux, voiture, semblaient plongés dans une molle léthargie, dans cet état qui tient le milieu entre le sommeil et la veille, état qui, dit-on, n’est pas sans douceur. Le passant curieux aurait donc pu examiner à l’aise les trois voyageurs longanimes, résignés, et à peu près endormis aussi, que la lente machine conduisait, le plus tranquillement du monde, vers la capitale des Normands. Trois voyageurs seulement, c’était cargaison bien chétive pour un cabas qui en pouvait contenir huit, et qui, dans son immense charité, en avait admis, parfois, jusqu’à douze ! Mais, aussi, n’était-il pas juste qu’il expiât ses petites transgressions passées ? Au reste, si peu chargée que fût, ce jour-là, l’impassible voiture, elle n’en traînait pas plus vite ses trois voyageurs, dont il est temps enfin de parler. Un vieillard, une femme du costume le plus simple, de l’extérieur le plus vulgaire, occupaient le banc du fond ; le vieillard avait la main droite en écharpe, mais s’aidait fort bien de la gauche, accoutumée, on le voyait, à exécuter docilement toutes les volontés de son maître.

Pour l’ordinaire le carrosse voiturait des personnages