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geurs d’emporter chacun plus de dix livres de bagages ! A cet effet, avaient été rendus des arrêts sans nombre ; les registres en sont pleins : mais quoi ! alors comme aujourd’hui, on était désobéissant ; croiriez-vous qu’en de certains jours, il monta dans le carrosse, dix voire même jusqu’à douze personnes ? Il fallait bien, alors, de toute nécessité, qu’il demeurât par les chemins ; et force était aux voyageurs de descendre, en maugréant, pour faire quatre ou cinq grandes lieues à pied, chose désagréable, surtout dans le mauvais temps. Aussi le procureur-général, M. Le Jumel de Lisores, s’en plaignit-il un jour amèrement à la grand’chambre extraordinairement rassemblée, et il parla avec un tel accent de conviction, qu’il y en eut qui soupçonnèrent qu’il y avait été pris ; du moins, arrivait-il à coup sûr de Paris. Et maintenant que vous savez ce que c’était que le Carrosse de Rouen, il faut que je vous raconte, à ce propos, une anecdote qui me revient en mémoire.

Le 3 mai 1716, à quelque distance du Port-Saint-Ouen, le carrosse, venant de Paris à Rouen, cheminait cahin-caha, traîné par quatre gros et lourds chevaux normands, aux jarrets vigoureux, au large poitrail, mais dont l’ardeur paraissait quelque peu problématique. Encore, ces pacifiques animaux n’étaient-ils guère stimulés par leur guide, digne et