Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/190

Cette page a été validée par deux contributeurs.


heure, industrieux par le besoin, les enfants s’évertuaient presque au sortir du berceau, et, bien jeunes encore, secondaient leurs pères et leurs mères. À Saint-Godard, au contraire, dans ces grands hôtels, au milieu du luxe, de l’abondance et des plaisirs, pourquoi ces enfants de bonne maison se seraient-ils inquiétés sitôt d’une fortune toute faite et d’un avenir assuré ? Le mot frappait juste, il faut en convenir ; et, cette fois, Saint-Nicaise avait parlé français.

Et puis, comme s’il n’eût point existé, entre les deux paroisses, un éloignement assez prononcé, la Ligue était venue anciennement aigrir encore les esprits. Au milieu de tous ces troubles, les quartiers populeux, qui avaient tout à gagner, rien à perdre, avaient cru fermement à Mayenne et à Villars, qui, comme on dit, leur promettaient plus de beurre que de pain. Ces bonnes gens avaient failli élever une chapelle au bienheureux saint Jacques Clément, jacobin et martyr. Les gros bonnets de Saint-Godard, au contraire, plus fidèles ou plus avisés, avaient tenu bon pour les vieux rois et les vieux saints. Bien leur en avait pris, et, longtemps après la réduction de la province, le désappointement de leurs pauvres concitoyens était encore pour eux l’inépuisable texte de railleries qui ne pouvaient finir.

Il aurait fallu que les curés des deux paroisses ten-