Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/185

Cette page a été validée par deux contributeurs.


d’une seule, dont je fus témoin, le curé de Saint-Pierre voulait à toute force que, le 15 août, le clergé de Saint-Paul vînt, tous les ans à l’église paroissiale pour l’entendre parler d’or pour la plus grande gloire de Napoléon, qui régnait alors : ce dont le desservant n’avait garde, pour ne point déroger ; « car, disait-il, saint Paul vaut bien saint Pierre. » — « Ah ! vénérable desservant, vous ne lisiez pas les Actes des Apôtres, ou, tout au moins, n’en faisiez-vous guère votre profit. Saint Paul, dites-moi, le patron de votre église, n’était-il pas allé autrefois de Damas à Jérusalem, tout exprès pour voir saint Pierre, et pour lui faire hommage ? Certes, vous aviez moins de route à faire, et c’était un bel exemple à suivre. » Mais, bah ! le brave desservant eût plutôt déchiré de ses propres mains la plus belle de ses soutanes. Donc, tous les ans, le jour de l’Assomption, le plus alerte de ses enfants de chœur se tenait aux écoutes au bas de l’église de Saint-Pierre, pendant que l’on prêchait. L’orateur s’acheminait-il insensiblement vers la péroraison, le jeune clerc s’en apercevait tout d’abord, tant il avait l’habitude de ces choses-là ; et, vite, il courait à toutes jambes à Saint-Paul, annoncer, hors d’haleine, qu’il était temps de partir.

À l’heure même, Saint-Paul se mettait en marche, et presque toujours on se rencontrait à un certain