Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/173

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Au Parlement, on ne se doutait pas encore qu’un enfant eût été le héros de l’aventure, et Duquesne père avait, seul, été mis en cause. Mais vint l’audience de la grand’chambre, et, quand ce capitaine eut raconté les faits de point en point ; que tout l’équipage du Petit-Saint-André les eut attestés ; quand, enfin, le jeune coupable, amené à son tour, eut dit, tout naturellement et avec modestie, ce qu’il savait mieux que les autres, il parut bien, à l’air dont tous ces vieux juges le regardaient, qu’un grand changement s’était opéré déjà dans les esprits, et qu’il n’y en avait pas un d’eux, à vrai dire, qui, dans son cœur, n’eût voulu voir son fils en peine pour semblable équipée. Que fut-ce donc, quand le jeune marin se mit à plaider lui-même résolûment sa cause, alléguant en foule des faits à sa décharge, les prouvant sans réplique par nombre de pièces qu’il avait cotées, classées, étiquetées dans un ordre parfait, et qu’il feuilletait d’un air dégagé, faisant sa glose sur chacune d’elles, comme un vieux praticien ! C’est qu’en mer, après sa prise, le jeune Duquesne ne s’était pas laissé enivrer par la victoire, et la tête ne lui avait point tourné. Prévoyant bien qu’à terre, il pourrait avoir maille à partir avec les juges, l’avisé jeune homme avait songé aux moyens de contenter la justice et de garder sa prise. Tout en emmenant vers Dieppe ce beau navire hollandais qu’il