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la cité, qui vont au loin la venger, combattre pour elle ? Que d’ex-voto suspendus, par les épouses et les mères, aux voûtes antiques de Saint-Jacques et de Saint-Remi ! Car il s’agit, enfin, de courir sus aux ennemis de la France, aux barbares, aux brigands de la mer ; et toujours la foi est énergique et profonde chez ceux qui tentent de hardies aventures et que menacent de grands périls. Ces vœux, ces prières ne seront point déçus ; Dieu n’a point abandonné la France. Voilà qu’à six semaines de là, dans les rues de Dieppe, on porte bruyamment en triomphe un jeune marin, un Dieppois, âgé de dix-sept ans, revenu, le premier, de ces expéditions hasardeuses. Tout à l’heure, monté sur le Petit-Saint-André, patache d’assez modeste apparence, il vient d’entrer au port en vainqueur, traînant à la remorque un énorme navire tout honteux, ce semble, de le suivre. En un instant, le nom d’Abraham Duquesne a volé de bouche en bouche ; non pas d’Abraham Duquesne le père, un brave capitaine dès longtemps cher à la cité : c’est son fils, un adolescent, enfant hier encore, désormais un héros ! On se redit alors l’enfance toute virile de ce jeune normand : toujours il a été en mer depuis l’âge de douze ans ; ou, de retour à terre, on le voyait lire avidement, dans Brantôme, les merveilles des Dragut, des Strozzi, des Doria, les lire chaque jour, sans se lasser jamais ; et