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Dire qu’on a négligé ses affaires, fait des voyages, supporté des fatigues, porté à Rouen chapons, lièvres et bécasses, pour les avocats et les procureurs, sans préjudice des mémoires de frais, où il y avait, dit-on, un peu plus que le compte ; payé les épices des rapporteurs, et les droits du greffe, qui, ma foi, comme de juste, en avait aussi tiré pied ou aile ; et, après tout cela, ne point trouver la pie au nid ; l’huître avalée, et chacun une écaille ! c’est aussi par trop jouer de malheur. À cette occasion, les anciens du lieu, tout bien vu et mûrement considéré, prononcèrent solennellement « qu’il ne faut point aller chercher la pie au son du tambourin. » Cela devint un proverbe en Normandie, et ce proverbe, nos deux plaideurs l’entendirent si souvent siffler à leurs oreilles, qu’ils n’eurent garde de l’oublier de leur vie.

Mais ils n’étaient pas au bout de leurs peines : c’était le temps de la Muse normande, malin recueil de chansons moqueuses, médisante chronique où tout passait impitoyablement en revue : les exactions des traitants, les émeutes, les disettes, les faits notables, les procès ridicules, les désappointements des sots. Le malheur ne voulut-il pas que le damné poète demeurât à quelques portées de fusil seulement de mes deux infortunés plaideurs ! À peine sut-il leur déconvenue, que vite il se mit à l’ouvrage, et com-