Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/151

Cette page a été validée par deux contributeurs.


presser, à pied, à cheval, en coche, en patache, des gentilhommes, des marchands, des métayers, voire même des abbés, des prieurs, des chanoines et des curés, qui se rendaient en toute hâte, de l’extrémité de la province à Rouen, droit au Palais, où ils avaient affaire ; aussi nombreux, aussi empressés que naguère les Hébreux, lorsque, de tous les coins de la Judée, ils venaient sacrifier à Jérusalem. Les sacs de procédure n’étaient pas oubliés, comme on le pense bien : Que dis-je ? tel plaideur venait par eau, ne craignant pas d’exposer sa personne, qui faisait apporter ses sacs et ses paperasses par terre, de peur d’un naufrage ou autre accident.

O le bon temps pour notre capitale normande, où tout ce monde-là venait s’héberger, séjourner, dépenser ! Aussi ne voyait-on, partout, dans Rouen, que des hôtelleries, dont les mille et mille enseignes pendantes bruissaient, la nuit, agitées par le vent ; et toutes étaient pleines de plaideurs fervents, venus de bien loin, en pèlerinage, pour apporter dévotement leur offrande à dame chicane, grande sainte spécialement honorée et révérée, alors, dans ces contrées. Et il fallait voir, dès le petit matin, tous ces gens-là accourir vite au Palais, se coudoyer, se heurter dans la grande salle des Procureurs, devenu un désert aujourd’hui, au prix de ce qu’elle était autrefois,