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marchand qui allait à la foire de Guibrai ! Dans une auberge, il prétendit avoir été surfait de deux sous environ par écot ; c’était la veille de la foire : en payant vite et continuant sa route, il y avait pour lui quatre-vingt pistoles, au moins, à gagner ; mais, vraiment, ce n’était pas l’humeur du bonhomme ; il resta là, arrêté quinze grands jours à plaider contre son hôte, sans plus songer qu’il y eût un Guibrai au monde ; et, après la foire, ses compagnons, qui avaient bien fait leurs affaires, le trouvèrent plus échauffé qu’ils ne l’avaient quitté ; le digne normand avait perdu son procès, et, maintenant, il plaidait contre son procureur, qui lui avait demandé quelque peu plus qu’il n’était porté par l’ordonnance. N’est-ce pas faire comme ces femmes qui brûlent la moitié d’une bougie pour chercher une épingle qui vaut bien un denier ? Mais quel remède, quand c’est dans le sang ? En ce temps-là, un bon et vrai normand ne mourait point sans avoir eu, tout au moins, son petit procès au Parlement ; plus tôt, plus tard, il fallait, de nécessité, en passar par là ; c’était, voyez-vous, comme le voyage de la Mecque, où tout musulman fidèle doit aller une fois en sa vie. Qui aurait pu planer sur la Normandie, et l’embrasser d’un coup d’œil tout entière, eût été émerveillé en voyant, sur toutes les routes en sens divers qui conduisaient à Rouen, se hâter, se