Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/142

Cette page a été validée par deux contributeurs.


encore Martel qu’il amena, qu’il fit asseoir une seconde fois sur la sellette, et qui fut interrogé sous un faux nom. De nouvelles questions amenèrent d’autres réponses ; mais secouant la tête d’un air d’incrédulité : « Non, s’écria l’aveugle, c’est une feinte, je reconnais la voix qui s’entretint avec moi sur les hauteurs d’Argenteuil. » Six fois tous les prisonniers de la conciergerie furent ainsi mandés successivement, mais toujours dans un ordre nouveau, inopiné, de manière, enfin, à bouleverser tous les souvenirs, à rendre toute combinaison impossible ; et même, à quelques-uns des prisonniers étonnés, on adressait des questions qui se rapportaient à l’assassinat de Zambelli ; et, avertis par un signe du président, ils répondaient sur cette accusation, qui leur était étrangère. Mais l’aveugle n’hésita pas un instant ; toujours il reconnut, avec certitude, la voix qu’il avait entendue sur les montagnes d’Argenteuil.

Enfin l’horrible mystère était éclairci. Une voix surhumaine semblait retentir dans la vaste grand’chambre d’audience, et dire avec l’aveugle : « C’est lui, c’est l’assassin de Zambelli ! » Ce tonnerre menaçant et vengeur qui, au jour du crime, avait grondé sur les hauteurs d’Argenteuil, venait d’atteindre le coupable ; et ce misérable, terrassé, frémissant, balbutia enfin un aveu tardif, devenu désormais presque inutile ! Car,