Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/139

Cette page a été validée par deux contributeurs.


voix qui n’avait retenti qu’une seule fois à ses oreilles ? Il fallait l’éprouver ; il fallait faire monter successivement tous les prisonniers de la conciergerie du Palais, et avec eux Martel ; si, après les avoir entendus parler, l’aveugle, spontanément et sans faillir, sans hésiter une seule fois, distinguait toujours et reconnaissait constamment la voix qui, naguère, l’avait tant frappé, ce dernier indice, réuni à tous les autres, ne permettrait plus d’incertitude, et enfin un grand exemple serait donné. Ce n’était pas sans dessein que la veille de Noël avait été choisie pour cette épreuve, inouïe jusqu’alors dans les fastes judiciaires. Faire venir ainsi tous les prisonniers un jour ordinaire, eût été éveiller leurs soupçons, leur suggérer des ruses, et mettre à l’aventure le succès de l’expérience toute nouvelle qui allait être tentée. La veille de Noël, au contraire, il y aurait eu grand étonnement à la conciergerie, si l’ordre n’y fût pas arrivé de faire monter tous les détenus au palais ; l’usage voulant que, la veille des grandes fêtes, Messieurs de la grand’chambre mandassent successivement devant eux chacun des prisonniers. Quelquefois même, ces magistrats souverains, à l’occasion et pour révérence de la feste (comme on parlait alors), donnaient la liberté à des prisonniers détenus pour des causes légères.

Avant tout, il fallait faire comprendre à l’aveugle