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habitants d’Argenteuil sont là ou auprès de cette hôtellerie ; avec moi, dans les jours de fête, ils se sont amusés à m’embarrasser, en contrefaisant leurs voix et en me demandant : « Qui t’a parlé ? » Qu’ils disent si je m’y suis jamais mépris. » Les habitants s’écrièrent tous ensemble que le vieillard disait vrai, et que, quand il était à Argenteuil, c’était un de leurs passe-temps le dimanche, et comme un jeu pour les jeunes gens du village. Quelques heures après, Laurent Bigot sortait d’Argenteuil, retournant à Rouen, où il emmenait avec lui Gervais l’aveugle. Dans le village, si ému tout à l’heure, tout maintenant semblait avoir repris son train accoutumé ; les habitants avaient regagné leurs demeures ; seulement, on se racontait, d’une chaumière à l’autre, ce qu’on avait pu voir ou entendre ; et les habiles de l’endroit se livraient à des conjectures sur ce qu’allait devenir cette affaire.

Qu’elle était belle, au seizième siècle, la grande salle d’audience du Parlement de Normandie, avec son noir plafond d’ébène, semé de gracieuses arabesques et de mille pendentifs aux formes bizarres, où brillaient, d’un éclat tout récent alors, le vermillon, l’or et l’azur ; avec ses tapisseries fleurdelisées ; sa vaste cheminée qui semblait un monument, ses lambris dorés, ses porches ou lanternes où resplendissaient les armes des Rois et des Dauphins de France ; le dais violet que l’on