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sonne de faire le mal en vue d’un bien, le juge, surtout, ne doit jamais chercher la vérité par le mensonge, et taire lui-même ce qu’il est de son devoir de poursuivre, de condamner dans les autres. De tels moyens sont indignes d’un magistrat ; le succès le plus éclatant ne saurait les absoudre. La justice et la vérité sont sœurs, le juge ne doit point les séparer. Attendons tout du temps qui dévoile bien des mystères. Horace, votre poète, le disait tout-à-l’heure : rarement le coupable a pu se soustraire au supplice qu’avait mérité son crime. »

À trois semaines de là, dans le village d’Argenteuil, régnait une agitation extrême. Les habitants avaient suspendu leurs travaux ; ils étaient tous réunis à la porte de l’hôtel du Heaume ; et, à les voir partagés en groupes, s’entretenir avec feu, interroger avidement ceux qui sortaient de l’hôtellerie, il était clair que, dans cette maison, il devait se passer quelque chose d’étrange, d’inaccoutumé. En effet, dans la vaste salle commune de l’hôtellerie, transformée, ce jour-là, en salle d’audience, Laurent Bigot, assisté du bailli d’Argenteuil, interrogeait les nombreux témoins d’un fait déjà un peu ancien.

Combien de démarches, d’efforts, avait fait ce zélé magistrat, depuis le jour où il avait quitté Rouen ! Combien de villages il avait visités ! combien d’officiers