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ORANGER

variétés le sont si habituellement qu’il faut les nommer des races et que la distinction en espèces doit, par conséquent, se baser sur d’autres considérations, comme l’absence de formes intermédiaires ou le défaut de fécondation croisée donnant des produits eux-mêmes féconds. La question ne manque cependant pas d’intérêt dans le cas actuel, et je répondrai que les expériences ont donné des résultats parfois contradictoires.

Gallesio, excellent observateur, s’exprime de la manière suivante : « J’ai semé pendant une longue suite d’années des pépins d’orange douce, tantôt pris sur des arbres francs, tantôt sur des orangers greffés sur bigaradier ou sur limonier. J’ai toujours eu des arbres à fruits doux. Ce résultat est constaté depuis plus de soixante ans par tous les jardiniers du Finalais. Il n’y a pas un exemple d’un bigaradier sorti de semis d’orange douce, ni d’un oranger à fruits doux sorti de la semence de bigaradier… En 1709, la gelée ayant fait périr les orangers de Finale, on avait pris l’habitude d’élever des orangers à fruits doux de semences ; il n’y eut pas une seule de ces plantes qui ne portât des fruits à jus doux[1]. »

Mac-Fadyen dit, au contraire, dans sa flore de la Jamaïque : « C’est un fait établi, familier à tous ceux qui ont vécu quelque temps dans cette île, que la graine des oranges douces donne très souvent des arbres à fruits amers (bitter), ce dont des exemples bien prouvés sont arrivés à ma connaissance personnelle. Je n’ai pas ouï dire cependant que des graines d’orange amère aient jamais donné des fruits doux… Ainsi, continue judicieusement l’auteur, l’oranger amer était le type primitif[2]. » Il prétend que dans les sols calcaires l’oranger doux se conserve de graines, tandis que dans les autres sols, à la Jamaïque, il donne 4es fruits plus ou moins acides (sour) ou amers (bitter). Duchassaing dit qu’à la Guadeloupe les graines d’oranges douces donnent souvent des fruits amers[3], tandis que, d’après le Dr Ernst, à Caracas, elles donnent quelquefois des fruits acides, mais non amers[4]. Brandis raconte qu’à Khasia, dans l’Inde, autant qu’il a pu le vérifier, les vergers très étendus d’orangers doux viennent de graines. Ces diversités montrent le degré variable de l’hérédité et confirment l’opinion qu’il faut voir dans les deux sortes d’orangers deux variétés, non deux espèces.

Je suis obligé cependant de les énumérer l’une après l’autre, pour expliquer leur origine et l’extension de leur culture à diverses époques.

1o Bigaradier, Arancio forte des Italiens, Pomeranze des Allemands. — Citrus vulgaris, Risso — C. Aurantium var. Bigaradia, Brandis et Hooker.

  1. Gallesio, Traité du Citrus, p. 32, 67, 355, 357.
  2. Mac-Fadyen, Flora of Jamaica, p. 129 et 130.
  3. Cité dans Grisebach, Veget. Karaiben, p. 34.
  4. Ernst, dans Seeman, Journ. of bot., 1867, p. 272.