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Page:Alletz - De la démocratie nouvelle, ou des mœurs et de la puissance des classes moyennes en France - tome II.djvu/410

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AOTES.

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avec indifiérenoe cette laborieuse et patriotique entreprise, ni j~’ montrer avare pour elle de secours et d’appui. En effet, de grandes leçons et de beaux exemples pour le siècle présent peuvent sortir de la révélation de cette face obscure et trop négligée des six dernier;. siècles de notre histoire nationale. Il y avait, chez nos ancêtres de la bourgeoisie cantonnés dans leurs mi])e petits centres de liberté et d’action municipale, des mœurs fortes, des vertus publiques, un dévouement naïf et intrépide à la loi commune et à la cause de tous; surtout ils possédaient à un haut degré cette qualité du vrai citoyen et de l’homme politique, qui nous manque peut-être aujourd’hui. et qui consiste à savoir nettement ce qu’on veut et à nourrir en soi des volontés longues et persévérantes.

Dans toute l’étendue de la France actuelle, pas une ville importante qui n’ait eu sa loi propre et sa juridiction municipa]c; pas un bourg ou simple village qui n’ait eu ses chartes de franchise et ses priviléges communaux; et, parmi cette foule de constitutions d’origine diverse, produit de la lutteou du bon accord entre les seigneuriet les sujets, de l’insurrection populaire ou de la médiation royale, d’une politique généreuse on de calculs d’intérêts, d’antiques usages rajeunis ou d’une création neuve et spontanée (car il y a de toi! t ce).) dans l’histoire des communes), quelle infinie, j allais dire quelle admirable variété d’inventions, de moyens de précautions, d’expédients politiques! Si quelque chose peut faire éclater la puissance de l’esprit français, c’est la prodigieuse activité de combinaisons sociales qui, durant quatre siècles, du it’ au f6*, n’a cessé de s’exercer pour créer, perfectionner; modifier, réformer partout les gouvernements municipaux, passant du simple au complexe, de l’aristocratie a la démocratie, ou marchant en sens contraire, selon le besoin des circonstances et le mouvement de l’opinion. Voilà quel spectacle digne d’intérêt et de méditation m’ont présenté les deux milles pièces ou sommaires de pièces authentiques dont j’ai déjà pris connaissance. J’y ai vu la bourgeoisie française, non seulement dans la gestion de ses af!aires locales, mais, ce que l’on a trop oublie depuis, honorée par les chefs de l’État comme un pouvoir politique, appelée en garantie dans les traités conclus avec les puissances étrangères, souvent complimentée et même flattée par les rois et les régents du royaume.

Ainsi le recueil des monuments de l’histoire du tiers-état doit mettre en quelque sorte au grand jour les racines les plus profondes et les plus vivaces de notre ordre social actuel. Des quatre collections dont il sera composé, la première, celle des chartes et statuts communaux, suffirait seule pour honorer non teulementaux yeux