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où j’aurais voulu vivre, car c’est Minerve qu’on trouve aux deux extrémités de la vie. Tous les dimanches, quand nous eûmes quatorze ou quinze ans, mon père, déjà à moitié ruiné alors, réunissait le dimanche des jeunes filles et des jeunes gens pour former une soirée dansante. J’y portais un cœur agité. Je m’en étonnais ; mais je cachais mon trouble. Je trouvais alors un grand plaisir dans la littérature et dans l’histoire. J’étudiais surtout l’histoire d’Angleterre. Je commençai d’étudier le latin.

Mon père avait tout préparé pour refaire sa fortune sous un nouveau règne, quand il mourut. Ma mère lui survécut peu. Mon père, dans ses revers, se montrant ferme et inébranlable, me fit comprendre ce que c’est que l’héroïsme dans la vie privée. Il aurait pu m’inspirer cette haute amitié que Laure m’inspira depuis, s’il eût vécu plus longtemps. S’il eût vécu, d’ailleurs, ma vie eût été autrement engagée. Il voulait me marier de très-bonne heure, et comme il s’entendait aux amours, il m’eût trouvé un lien agréable, spirituel et ainsi peut-être durable.



II


Laure me fit comprendre les attachements de la nature. J’aurais voulu être sa fille. Je compris la bonté, la tendresse, ces attachements célèbres, non pas d’amour, mais de femme à femme, d’homme à homme, du fils au père, de la fille à la mère. La bonté de Laure me donna