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pereur dans son affreux exil, de vivre près de lui et pour lui, et, que sais-je ? Que n’avais-je point imaginé dans mes rêves de jeune fille ? Depuis, j’ai jugé l’empereur plus justement, comme l’a jugé tout le monde ; et j’ai détesté la guerre. En 1818, à Aix-la-Chapelle, où j’étais en visite chez un oncle, j’avais écrit à l’empereur Alexandre, durant le congrès, au nom de la jeunesse française, pour qu’il adoucît la captivité de Napoléon. Ma lettre arriva-t-elle ? Je n’osai la remettre dans un grand bal où je vis l’empereur ; je l’envoyai par la poste comme on me le fit enseigner par sa maison, et je cessai, dès ce jour, d’assister à aucune fête du congrès. J’avais alors seize ans.

Laure savait mes démarches et m’en avait parlé. Elle avait fait, de son côté, une demande d’aller vivre près de l’empereur, et l’on voit, dans les mémoires de Las Cases, que l’empereur, instruit de son dévouement, s’en montra vivement touché[1].

Laure et moi nous nous abandonnions à cette exaltation. Elle me disait que j’étais une jeune fille charmante ; elle s’amusait de ma gaieté, de cette surabondance d’ardeur, de bonheur. Elle vit son empire et elle en jouit

  1. « Samedi 9 novembre 1816, Sainte-Hélène, au milieu du jour. — Dans un autre moment, madame fut mentionnée et quelqu’un dit à l’empereur combien elle avait montré d’attachement pour lui durant son séjour à l’île d’Elbe. « Qui, elle ? » s’est écrié l’empereur avec surprise et satisfaction. « Oui, sire. » — « Ah ! pauvre femme ! » a-t-il ajouté avec le geste et l’accent du regret ; « et moi qui l’avais si maltraitée ! Eh bien, voilà qui paye du moins pour les renégats que j’avais tant comblés ! » Et, après quelques secondes de silence, il a dit d’une façon significative : « Il est bien sûr qu’ici-bas on ne connaît véritablement les âmes et les sentiments qu’après les grandes épreuves. » Ce jour-là il était gai. »