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par où s’allumera le feu sacré, je vais vous décrire dans cette pure affection, où le charme de la beauté pourtant eut son empire comme la nature eut le sien dans ces bois, au bord de ces fontaines, dans ces solitudes enchantées ! La comtesse du Vallon aurait pu être ma mère ; mais ses attraits conservaient leur éclat ; ils étaient parfaits : taille, visage, détails pouvaient servir de modèles aux arts, son visage exprimait surtout la douceur ; ses grands yeux noirs étaient les plus tendres et les plus beaux du monde ; son front était haut et élégant, ses cheveux noirs et fins, longs et bouclés naturellement, formant, comme dans les bustes romains, des ondes légères autour de sa tête ; son nez grec, sa bouche d’une perfection achevée, ses dents petites et admirables, son cou, sa taille, son bras, sa main, son pied, ce qu’on peut voir de mieux fait ; elle se mettait bien, un peu trop parée pour mon goût ; elle n’avait ni corset ni raideur, et sa manière et sa personne respiraient surtout la bienveillance et la politesse.

En arrivant chez elle, j’étais d’abord un peu intimidée. Elle était imposante naturellement et doucement ; mais une opinion, un sentiment nous liait, qui nous fît très-vite nous entendre. C’était notre enthousiasme pour l’empereur Napoléon, impression chez elle motivée par la connaissance de l’homme, par les récits de son mari qui avait été ministre d’État ; et, chez moi, instinct de la jeunesse qui se passionne sans réflexion pour les grands hommes de l’histoire, surtout s’ils sont malheureux. Dès l’âge de seize ans, j’avais fait des démarches pour rejoindre à Sainte-Hélène madame la comtesse Bertrand ; mais mon vrai but avait été de voir, d’approcher, de soigner l’em-