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tiches ridicules et de véritables insanités qui ont élargi le cercle de l’école, cela est fatal à toutes les époques littéraires ; mais ce que je déplore, c’est la fragmentation des travaux, l’esprit de secte, le parti-pris étroit, le mépris systématique des conquêtes antérieures : c’est cette sorte d’amputation de nos propres facultés, qui résulte toujours de l’exclusivisme en matière de goût et qui, du domaine des arts, passe dans celui de la philosophie, de la politique, de la science même. De là, le rétrécissement de l’âme, l’étroitesse des appréciations, le régime de la spécialité.

Madame de Saman a gardé le cachet de son époque, je devrais dire de son moment, et ce n’est pas un des moindres charmes de sa forme. Elle admire René et les poëtes lakistes, sans abandonner Racine, Corneille et le grand siècle. Elle s’intéresse vivement aux événements qui se précipitent autour d’elle, sans détourner ses regards de l’antiquité', dont elle cherche à faire revivre les grands modèles dans son âme. Elle lit Mignet et Plutarque, M. Thiers et Tacite avec une égale sollicitude. Elle admet peu l’avenir démocratique. Le passé l’a prise tout entière, et, sans nier que le génie puisse venir d’en bas, elle ne voit de civilisation que dans des institutions aristocratiques. Elle ne peut probablement pas entrer dans le chemin prophétique de Victor Hugo, mais elle doit s’accommoder fort bien d’une république où M. Thiers serai