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crète. C’est comme une dame romaine, qui voulant élever des hommes forts, ne leur montre pas les faiblesses de son cœur, et ne parle même pas d’eux avec attendrissement pour ne pas s’attendrir elle-même.

Ainsi elle a porté seule tous ces fardeaux terribles, la jeunesse et ses orages, la maternité et ses devoirs de toute la vie, l’étude, cette conquête sans repos de la sagesse. Je ne connais pas de récit où la modestie soit de meilleur goût et où la supériorité du caractère soit mieux affirmée par cette même modestie. La conscience est très-forte en elle, elle est toujours classiquement éprise de vertu antique et de foi religieuse, et pourtant aucun regret, aucun scrupule, aucun repentir, aucune amertume à l’égard du passé. Elle ne s’accuse ni ne se vante d’avoir cédé aux passions. Elle les regarde comme une inévitable fatalité dont il faut subir les douleurs et dont on doit apprécier les bienfaits.

Elle se dit aussi qu’il n’y faut pas sacrifier la dignité, la raison, la justice, la liberté, la vie, car elle reprend avec énergie tous ces biens quand elle les voit trop menacés. Elle écrit à son amie, dès le temps où elle n’avait point encore aimé : « Vous dites que le génie fait pardonner mais ne justifie pas certains torts ; mais si la sensibilité qui conduit à ces torts, est aussi la source du génie ? se vaincre ! Que serait devenu le talent de madame de Staël, de Sapho, de tant d’autres, si elles