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Une personne douée d’une si forte originalité a dû, ou recevoir une éducation excentrique, ou avoir été systématiquement livrée à son libre arbitre.

Elle nous raconte seulement que, fille d’un père aimable, riche et spirituel, elle a été élevée « dans le luxe et les plaisirs. » Ce père perdait sa fortune sans qu’il y parût ; mais, actif et intelligent, il la refaisait quand la mort le surprit. Sa femme lui survécut peu. L’orpheline ne s’est pas du tout préoccupée, au point de vue matériel, du sort qui l’attendait.

Je pense qu’elle n’était pas dans la misère. Ce fléau de la vie, cet esclavage n’a sans doute jamais pesé sur elle, soit que par un travail assidu, elle ait su le conjurer, soit qu’élevée par un réel stoïcisme au-dessus des privations, elle ne l’ait pas senti.

« Dès l’âge de huit ou dix ans, j’étais dévote. Je lisais une Bible de Sacy que j’avais trouvée à la maison. Tous les matins je tenais ma sœur en prière avec moi. Mon père nous surprit plusieurs fois à genoux. Quand j’eus douze ou treize ans, il dit à ma mère de me faire lire la correspondance de Voltaire et du roi de Prusse. Ma foi dans la Bible disparut, mais non mon sentiment naturel pour Dieu, qui dura toujours et fut mon plus grand appui dans la vie. Je ne cessai jamais de prier Dieu et de l’adorer. — Mais, dès l’âge de douze à quatorze ans, un grand trouble, un certain effroi dérangé-