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je me sens femme. Il ne me suffit plus de vous entourer de mes soins ; j’aurais besoin que des soins répondissent aux miens ; si vous êtes agitée, souffrante, alors cette vive amitié se réveille dans toute sa puissance ; je suis à vous sans autre idée ; toute ma tendresse animée suffit à l’énergie de mon ame ; mais dans le calme de notre vie habituelle, une tristesse profonde que je ne connaissais pas, répand sur toute la nature une teinte si sombre, que cette vie que j’ai aimée avec transport me semble fatigante ou odieuse. La raison, la réflexion, sont des remèdes impuissans. Hedwige, je suis sans force, et votre amie qui prit dès l’enfance une si haute idée de la nature humaine, la trouve aujourd’hui bien misérable. Je me vois entraînée malgré moi à des sentimens que mon ame voulait repousser dans sa hauteur et son austérité, et je vois