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INFIDÈLES


logique, laquelle contient plusieurs dictionnaires faits ou adaptes par l’abbé Lenoir, grand partisan du limbe des adultes. En maint endroit, il oppose au « salut surnaturel » un « salut naturel » ; au « ciel de Jésus-Christ » un « ciel naturel » avec le « purgatoire naturel » correspondant. C’est l’affirmation de deux béatitudes pour l’homme, dans toute sa crudité. Ibid., p. 480482. Voir col. 1745. — b) L’abbé Doney, éditeur et annotateur d’une traduction française du Catéchisme du concile de Trente, veut que les « bons infidèles » n’aient pas « un sort plus malheureux que les enfants morts sans baptême. » Ibid., p. 479. — c) L’abbé Martinet, dans La science de la vie, 1850, admet du moins, qu’à l’aide d’une « inspiration individuelle bon nombre de païens » arrivent à « l’éternelle couronne. » Mais tous n’obéissent pas à ces appels de la grâce ; pour plusieurs, la négligence n’est pas bien coupable. Il en est dont la vie « généralement bonne et naturellement vertueuse, sera récompensée par une existence naturellement heureuse. » Ibid., p. 485. — d) L’abbé de Broglie, dans ses Conférences sur la vie surnaturelle ( ! ’= édit., 1878), la première année de ses conférences, enseigne qu’un homme faisant son possible serait infailliblement éclairé d’une lumière surnaturelle, et il ajoute : « Ainsi disparaît l’hypothèse de l’âme pleinement vertueuse qui serait exclue du bonheur surnaturel, faute d’un appel de Dieu, et qui aurait droit à une récompense de l’ordre naturel. Cette hypothèse disparaît, non parce que Dieu refuse cette récompense, mais parce qu’il lui substitue le don gratuit du ciel, qui est infiniment préférable. » Mais l’année suivante, l’hypothèse de la récompense naturelle dans les limbes reparaît chez le conférencier. « Elle n’est contraire, dit-il, à aucun principe théologique, et peut être admise comme l’une des meilleures solutions du problème. » Il ajoute que la « majorité des théologiens » n’est pas de cet avis. Mais enfin, dit-il, on conçoit les limbes pour « les païens qui se conduisent d’une manière moins absolument et héroïquement vertueuse ». Pourtant, dirons-nous, la formule théologique /acere<7uoc ? m se est n’a jamais été comprise ainsi : se conduire d’une manière absolument tX. héroïquement vertueuse ! La miséricorde divine n’en demande pas tant pour donner infailliblement les secours prochains et surnaturels du salut. Dans son cours d’histoire des religions, 5’^ et 6 « leçons, l’abbé de Broglie recourt encore à la solution des limbes. Capéran, p. 486, 487. Malgré le grand talent du professeur, les fluctuations de sa pensée la rendaient nécessairement obscure, ce qui excita une controverse dans les revues. — e) Mgr d’Hulst, peut-être au souvenir de cette discussion qui avait laissé les adversaires sur leurs positions respectives, cherche un terrain de conciliation. Il préfère, quand à lui, ne pas recourir à l’hypothèse de l’admission de ces adultes aux limbes : « Outre qu’elle est généralement regardée comme au moins téméraire, elle semble peu conciliable avec la doctrine qui place tous les hommes, du moins tous les adultes, dans l’inévitable alternative du ciel et de l’enfer. » Conférences, carême de 1892, note 13, p. 443. Mais il flotte lui aussi : plus loin, il trouve « facile » cette conciliation. Il suffira de dire que l’admission aux limbes « sera une certaine forme de la damnation, puisqu’il y aura privation de la vision intuitive : seulement cette damnation ne sera que peu ou point pénale, et cela en vertu de la justice même de Dieu. » Ibid., note 20, p. 465. Mais cette conciliation n’en est pas une. C’est, pour la vie future, l’assimilation pure et simple de ces adultes, humainement vertueux, aux enfants morts sans baptême. Car ceux-ci sont « damnés » d’après les conciles, et ils ont la peine du dam (ce qui est pénal), bien qu’ils n’en souffrent que peu ou point (ce que sans doute l’auteur veut dire). Or

l’ensemble des théologiens n’admettra jamais cette assimilation, pour les raisons déjà données contre Seyssel et ceux qui l’ont suivi. Voir Capéran, Essai historique, p. 489, 490.

2° Admission de grandes masses d’infidèles dans le limbe des enfants, au titre de non-adultes. — C’est la solution proposée par le cardinal Billot, et déjà expliquée d’après lui-même. Voir col. 1891. A ce titre de non-adulte, au sens moral du mot, les théologiens admettent communément aux limbes les aliénés perpétuels, en comprenant avec la folie proprement dite la débilité mentale, également perpétuelle jusqu’à la mort. Déjà au xviii’e siècle, quelques apologistes, contre Voltaire et Rousseau, se sont demandé si l’on pourrait assimiler aux enfants morts sans baptême et aux « imbéciles » certains sauvages « assez abrutis pour être incapables de s’élever par eux-mêmes à la connaissance de Dieu et des principes de la loi naturelle. » Bergier le « présume ». Feller a quelque répugnance à l’admettre. Voir Capéran, Essai hist., p. 430, 431. Puis, au xixe siècle, Balmès se demande si « aux divers degrés d’imbécillité » on ne pourrait pas comparer « l’état de stupidité où vivent le plus grand nombre des sauvages. » Peuvent-ils commettre un péché grave ? « Que fera Dieu à leur égard ? » Balmès hésite entre la solution d’une illumination extraordinaire et celle des limbes. Il pense enfin que « la foi catholique… s’abstient de dire ce qu’il fera, laissant le champ libre aux conjectures des théologiens. » Ibid., p. 483, 484. Voir aus.si enfer, t. v, col. 98, 3°.

Voilà quelques précédents, mais moins hardis, à l’hypothèse présentée par le cardinal. Nous examinerons ce que donnent sur la question : 1. L’Écriture, 2. le tradition ancienne, 3. certaines notions de théologie morale considérées communément comme très sûres.

1. Écriture.

Le cardinal n’oublie pas que la question présente est une question de fait. Quel est, de fait, l’état des païens dans l’ordre de providence où est le genre humain depuis la chute et la promesse du rédempteur ? Peuvent-ils connaître Dieu et la loi naturelle ? Sont-ils excusables de l’ignorer ? Pèchent-ils, et seront-ils jugés ? Les deux premiers chapitres de l’épître aux Romains répondent à cette question de fait. Nous les avons déjà expliqués en partie à l’occasion d’un système contre lequel nous avions le cardinal avec nous, celui de Ripalda. Voir col. 18191822.

Dans ces deux chapitres, une division se présente naturellement d’après les objets traités. Deux parties consécutives : l’une sur la connaissance de Dieu, l’autre sur la connaissance de la loi naturelle. — Première partie.connaissance de Dieu. — Lisons l’analyse qu’en fait le cardinal.

Dans « les deux premiers chapitres de l’épître aux Romains, parlant du juste jugement de Dieu, ii, 5…, saint Paul met en scène ceux qui auront à comparaître devant ce redoutable tribunal, pour y rendre un compte exact de leurs actions. Ils appartiennent à deux catégories différentes, les juifs et les païens… Et tout le discours de l’apôtre va à montrer combien justement ils seront cités à comparaître, les uns aussi bien que les autres, sans privilège qui tienne pour les premiers, sans excuse qui vaille pour les seconds. » Éludes, 20 août 1920, p. 397. « Allant droit au fait, (saint Paul) déclare que dans les païens aussi, dans ceux du moins dont il parle, s’étaient vérifiées les deux conditions requises (connaissance de Dieu, connaissance de ses commandements). Ils avaient conn Dieu, non pas, il est vrai, comme les juifs, par révélation de l’Ancien Testament, mais dans le de la nature, par la lumière naturelle de leur raison. Car ce qui se peut connaître de Dieu (par la seule raison),