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VOLONTARISME. EN DIEU
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s’inspire certainement des mêmes principes nominalistes. Voir ici t. i, col. 651. Que la volonté divine soit le principe de toute obligation, le cardinal de ("ambrai le répète à satiété : « Rien n’est péché de soi, le péché n’existe que là où la volonté divine porte une interdiction. » Principium in I" m Sent. Et il développe cette pensée : « La volonté divine est une cause très efficace qui appelle à l’être ou au devenir. De même est-elle aussi la loi qui oblige, parce qu’elle exige qu’une chose soit faite ou non en tel sens. » Et encore : « Dieu veut que l’homme encore voyageur soit obligé à avoir la charité, obligé à ne pas mentir, obligé à ne pas haïr Dieu et le prochain. Et ainsi de suite pour beaucoup d’autres choses. C’est par suite de cette volonté qu’on est obligé à quelque chose et autrement personne ne pécherait. »

Est-ce à dire qu’en citant la parole étrange d’Occam Pierre d’Ailly la fasse sienne ? L. Salembier le laisse supposer. Textes vérifiés, je n’en suis pas convaincu. Cette étrange proposition avait alors son ère de célébrité. Jean de Mirecourt et Holkot l’avaient, eux aussi, avancée. Voici comment d’Ailly s’exprime : « Si Dieu ne peut évidemment pas ne pas vouloir l’obéissance de sa créature (ce serait se nier soimême), il n’est pas évident qu’il ne puisse l’obliger à le haïr. Certains estiment que cela est impossible de puissance ordonnée, mais non de puissance absolue. » Principium, ibid., 3 a concl. Mais plus loin, q. xiv, a. 3, il discute cette proposition et lui oppose l’opinion contraire de Maître Grégoire (de Rimini).

Quant au « pur protestantisme » qu’aurait professé d’Ailly avant la lettre, en enseignant qu’il n’y a « pas d’actes essentiellement méritoires ou déméritoires, tout mérite venant de la libre acceptation ou du libre refus de Dieu », il semble qu’une appréciation plus objective s’impose. Pierre d’Ailly reste fidèle aux conceptions nominalistes de la justification, voir t. xi, col. 769 sq. Mais l’acceptation de Dieu ne supprime pas, du côté de la créature, un mérite véritable, principalement dû à l’activité libre de l’homme. Il faut aussi faire la part des hypothèses envisagées par rapport à la puissance absolue de Dieu, voir col. 764. Enfin la gratuité de la prédestination, q. xii — Dieu n’accordant pas la vie éternelle en raison des mérites, bien qu’il exige des mérites de la part des prédestinés, tout au moins dans l’économie de sa puissance ordonnée — est une thèse spécifiquement catholique.

6, Descartes. — Il est difficile de ne pas trouver un écho de la thèse nominaliste dans les réponses aux sixièmes objections de Descartes. Voir le texte complet t. iv, col., ">l(>. Une simple comparaison des idées ou des textes mettra ce fait en évidence :

/ lu se île Scol

(ci-deasus, col, 3311). Enseigner qu’une moralité absolue, inhérente à des Chose* contingentes, puisse s’imposer à la volonté divine, ce serait é<|iii ; ilemment ad mettre que cette volonté doive, nécessairement et simplement ïtre déterminée p.ir les choses qu’elle pourrait vouloir en dehors de Dieu lui-même. <>r, la volonté di Ine n’est déterminée que par elle-même et ne peut

vouloir les choses antres que « l’une manière contingente et absolument libre.

I. de de iiiri (col. 3312). t n’est pas parce que quelque chose est droit et

Texte île Descurtes. Il répugne que la volonté de Dieu n’ait pas été de toute éternité indifférente à toutes les choses qui ont été faites ou qui se feront jamais, n’y ayant aucune Idée qui représente le bien OU le vrai, ce qu’il faut Croire, ce qu’il faut faire ou ce qu’il faut omettre, qu’on puisse feindre avoir été l’objet de l’entendement divin a aut que M nature ait été Constituée telle par la détermination de sa volonté.

Texte de Descurtes. I i n’est pas pour a oir vu qui] était meilleur que le

juste que Dieu le veut, mais parce que Dieu le veut, c’est droit et juste.

Texte de Gerson (col. 3313). Dieu ne veut pas que les choses soient parce qu’elles sont bonnes… ; les choses sont bonnes parce que Dieu les veut telles, à tel point que s’il voulait qu’elles ne fussent pas ou fussent autres, ce serait également bien.

monde fût créé dans le temps que dans l’éternité, qu’il a voulu le créer dans le temps ; et il n’a pas voulu que les trois angles d’un triangle fussent égaux à deux droits parce qu’il a connu que cela ne pouvait se faire autrement, etc. Mais, au contraire, par ce qu’il a voulu créer le monde dans le temps, pour cela il est ainsi meilleur que s’il eût été créé dès l’éternité ; et d’autant qu’il a voulu que les trois angles d’un triangle fussent nécessairement égaux à deux droits, pour cela, cela est maintenant vrai, et il ne peut pas être autrement.

Édit. Adam-Tannery, t. ix, p. 232-233.

Il est vraisemblable qu’il y a eu influence réelle, indirecte sans doute, de la philosophie nominaliste et scotiste sur la pensée de Descartes. On n’a pas ici à en rechercher les intermédiaires. Mais Descartes va plus loin que les nominalistes. Ce n’est pas seulement dans le domaine du bien, c’est dans le domaine du vrai que la volonté divine est toute-puissante. Pour Descartes, rien n’échappe au principe de causalité ; cf. Secondes réponses : Axiomes et notions communes, i, t. ix, p. 127. La création des idées éternelles est ainsi la conséquence logique de sa conception d’un Dieu, cause de lui-même : « Si la toute-puissance de Dieu est telle qu’il s’engendre en quelque sorte soi-même au sein de son essence et, pour s’exprimer en termes théologiques, non seulement en tant que Fils, mais même pour ainsi dire en tant que Père, à bien plus forte raison doit-il avoir engendré des vérités qui, compréhensibles pour notre intellect et par conséquent finies, doivent dépendre encore plus complètement de lui qu’il n’en dépend lui-même. » Et. Gilson, Études sur le rôle de la pensée médiévale dans la formation du système cartésien, Paris, 1930, p. 231. Le volontarisme de Descartes est d’autant plus intransigeant qu’il a pris lui-même la précaution d’en exclure toute priorité, même de simple raison, de l’intelligence sur la volonté : « Je dis qu’il a été impossible qu’une telle idée (du bien ou du vrai) ait précédé la détermination de la volonté de Dieu par une priorité d’ordre ou de nature ou de raison raisonnée, ainsi qu’on la nomme dans l’école. » Réponses aux sixièmes objections, loc. cit.

La pensée de Descartes s’affirme plus nette encore, s’il était possible, dans sa réponse (en latin) à Arnauld, au sujet de l’impossibilité prétendue de concevoir le vide. Après avoir affirmé qu’on peut attribuer au vide ou à l’espace qu’on imagine tel les dimensions propres de l’espace, Descartes ajoute :

En recourant (pour expliquer le vide) à la puissance divine, que nous savons infinie, nous lui attribuons un cffet qui, à la réflexion, n’apparaît pas contradictoire, c’est-à-dire Inconcevable. Il me semble, en effet, qu’on ne peut jamais dire qu’une chose soit Impossible à Dieu,

puisque toute Ut règle du vrai et du bien dépend de mi loutepuiMance : je n’oserais donc pas affirmer que Dieu ne

puisse faire qu’une montagne soit sans vallée, ou que

deux et un ne fassent trois, .le dis simplement que J’ai revu de lui un esprit tel que je ne puis concevoir une montagne sans vallée, ou un et deux ne totalisant pas trois, etc. Lettre nxxv, du 26 juillet 1618, I. v, p. 22 : 1-221.

2° Appréciation, On peut considérer la thèse du volontarisme divin en fonction des objection ! qu’elle prétend résoudre it in elle-même.