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VACANT (ALFRED)

gie spéciale de chacun des livres bibliques et par exemple une théologie des Synoptiques distincte de celle de l’évangile johannique, paraissait au moins aventureuse à de bons esprits. En tout état de cause, le Dictionnaire de la Bible, si riche pour tout ce qui concernait les questions qui se posent autour de la Bible, semblait ignorer ce genre de problèmes. Ce fut une heureuse chose qu’A. Vacant se soit avisé de faire une place dans son répertoire aux divers livres du canon scripturaire ; il se ménageait ainsi la possibilité d’y donner un jour accueil à ce genre de problèmes.

Le droit canonique constitue dans l’Église une discipline indépendante, qui a ses méthodes, ses manuels, ses répertoires. Toutefois, il est une de ses parties, celle qui regarde l’administration des sacrements, qui se trouve tellement impliquée dans les questions de théologie morale, qu’elle fait pour ainsi dire corps avec cette dernière. Dans l’enseignement courant des séminaires, on ne les sépare guère que nominalement : les censures ecclésiastiques, les empêchements de mariage, etc., doivent être connus du théologien autant que du canoniste. Un Dictionnaire de théologie catholique ne peut les passer sous silence. Le tout est qu’il n’en traite pas de façon exhaustive, mais réserve aux spécialistes tout ce qui est sur ce point histoire, discussion, interprétation, solutions aberrantes, etc. Autant faut-il en dire du droit constitutionnel. Le Traité de l’Église incorpore tout une série de notions proprement canoniques sur l’organisation des pouvoirs dans la société ecclésiastique, qu’il est impossible de ne pas traiter en théologie. Tout cela finit par laisser au droit canonique une place assez grande dans un répertoire de théologie.

Quant à l’histoire ecclésiastique proprement dite, il est impossible de ne pas lui faire une place. L’histoire des papes, tout d’abord, a droit à une spéciale attention. Beaucoup d’entre ceux-ci ont été amenés à prononcer dans des questions théologiques ou même dogmatiques des jugements plus ou moins définitifs. Chacune de ces constitutions pontificales méritait une étude spéciale. Le plus simple n’était-il pas — et on se conformerait par là aux exemples du Kirchenlexikon et de la Realencyclopädie — de consacrer à chacun des papes une notice, plus ou moins longue, selon l’importance du pontificat. Pour les mêmes raisons, l’histoire des conciles avait sa place marquée, étant bien entendu que la partie proprement historique ne recevrait pas de longs développements et que l’attention serait surtout consacrée à l’exégèse des textes conciliaires dogmatiques ou de portée morale qui forment l’armature principale de la théologie historique. L’histoire des hérésies et des schismes enfin était un complément indispensable à tous égards, de la discipline en question. Par le fait le Dictionnaire de théologie s’annexait des parties considérables de l’histoire ecclésiastique. Le tout était que les collaborateurs auxquelles on s’adresserait acceptassent, sans trop de regret, les amputations nécessaires.

Restaient les questions de géographie ecclésiastique sur lesquelles il était bien difficile de se faire une religion. Les deux répertoires allemands les traitaient, à des points de vue d’ailleurs assez divers. L’on n’arriva pas aisément à prendre ici une décision. Aussi bien, la question se présentait sous deux aspects assez différents : celui des Églises séparées et celui de la répartition géographique de l’Église romaine. A. Vacant avait trop le sens catholique pour mettre sur le même pied les Églises protestantes, dont il ne pouvait être question que tout à fait en passant, et les Églises orientales de toutes dénominations, séparées de l’Église romaine par des malentendus séculaires, mais ayant conservé la succession apostolique. Chacune de ces Églises (et même chacun des grands théologiens produits par elles) devrait avoir sa notice. Si sobre fût-elle, celle-ci devait tenir compte de la répartition géographique des fidèles s’y rattachant. Voici, par cette porte, tout un chapitre de géographie qui rentrait dans le Dictionnaire. Il était plus difficile de justifier une description des divers États du monde ou des diverses parties de l’Ancien et du Nouveau Continent ; l’on ne voit guère, ce qu’a de commun avec la théologie la situation ecclésiastique des États, y compris les données statistiques et historiques qui l’appuient. Toutefois il était un point de vue qui n’était pas absolument étranger au théologien : celui des ressources fournies par chaque État à l’étude des sciences sacrées, plus spécialement des disciplines théologiques : il ne saurait être tout à fait indifférent à un théologien de savoir quelles ont été, dans le passé, les grandes institutions d’enseignement ecclésiastique d’un pays, quelles elles sont aujourd’hui encore, quelles publications y ont paru ou y paraissent, quels grands théologiens y ont travaillé et y travaillent encore. C’est exclusivement à ce point de vue que se justifiait l’insertion au Dictionnaire de ces questions d’ordre géographique. Mais les collaborateurs entreraient-ils, sur ce point, aussi complètement qu’il le faudrait, dans la pensée du directeur ?

Si toutes ces spécialités sont ainsi arrivées à se faire une place plus ou moins justifiée, plus ou moins discrète dans la trame du Dictionnaire, par contre il est une partie considérable de la théologie proprement dite qui ne devait pas recevoir les développements auxquels elle semblait avoir un droit strict. Aux dernières années du xixe siècle — et c’est un signe des temps — c’est à peine si l’on prononçait le nom de théologie ascétique et mystique. Les questions qui relèvent de cette discipline étaient, à l’estimation générale, du domaine de la morale ; il ne venait guère à la pensée de personne de faire rentrer dans la théologie tous les problèmes concernant l’action de Dieu dans les âmes et la réaction des âmes sous l’influence de Dieu. Il est heureux, d’ailleurs, que l’attention du fondateur de ce Dictionnaire n’ait pas été attirée spécialement de ce côté. Cela a facilité ultérieurement l’apparition d’un Dictionnaire spécial d’ascétique et de mystique qui s’est constitué comme le répertoire d’une science à part, ayant son objet bien déterminé, ses méthodes propres et ses travailleurs spéciaux.

Tous ces problèmes de plan et de dosage ont dû être résolus fort rapidement par A. Vacant. Cette rapidité même n’a pas été sans amener un peu de confusion dans les idées et il est bien certain que l’œuvre eût gagné en cohésion et en unité si, dès le principe, les grandes lignes en avaient été tracées avec plus de fermeté. Mais les éditeurs pressaient le directeur ; ils craignaient qu’une entreprise rivale ne surgît — on parlait d’une adaptation du vieux Göschler, d’une traduction possible du nouveau Kirchenlexikon, etc. Il fallait gagner de vitesse les entreprises concurrentes possibles, rédiger dès l’abord un prospectus renseignant le grand public sur ce que l’on voulait faire, un autre destiné aux collaborateurs éventuels expliquant ce que devrait être la tâche de chacun. C’est ce travail un peu fiévreux qui, mené sans répit dans les derniers mois de 1897 et les premières semaines de 1898, altéra gravement la santé d’A. Vacant et détermina chez lui une première crise dont, au fait, il ne devait jamais se remettre. L’énorme correspondance qu’il entretint pour lors, soit avec les éditeurs, soit avec les collaborateurs éventuels, eût suffi à une activité ordinaire. En même temps, il commençait