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NICOLAS D’AUTRECOURT


plus d’évidence aux fins, causes, substances.au mouvement, d’un mot, à la nature péripatéticienne. Ainsi le c< nflit de Nicolas avec Gilles apparaît conflit d’Arislote avec Aristote : du point de vie de la logique la nature est radicalement incertaine. Nicolas réalise s n dessein qui est de découvrir l’incertitude de l’aristi télisme, ou, comme le dit brutalement Gilles, l’ignorance d’Aristote.

4. Portée de cette dialectique.

Pouvons-nous discerner

l’esprit qui anime Nicolas dans sa polémique contre Bernard ? « Le magister Nicholaus, dit le P. Maréchal, semble avoir été entraîné à des thèses extrêmes, beaucoup moins par le souci de fonder une philosophie nouvelle que par son humeur de dialecticien. » Op. cit., p. 120. Lappe demande qu’on n’impute point à Nicolas comme étant sa doctrine les conséquences absurdes qu’il peut tiier de la doctrine adverse. L., p. 5*. P « ur notre part, nous trouvons seulement dans les lettres et la cedula « Ve michi » une mise à l’épreuve des notions fondamentales du péripatétisme. — Quelque sens que l’on doive donner à l’expression causa collationis, L., p. 1, n. 8, il est assuré que Nicolas présente son œuvre comme un exercice scolaire n’engageant point sa conviction : dispulative, nihil asserendo pertinaciler. L., p. 31*, 1. 3-4 ; p. 33*, 1. 7-8 ; p. 34*, 1. 1617 et 1. 21-23. Il précise n’avoir pas eu d’autre dessein que de ne pas manquer au premier principe, règle de la discussion. L., p. 35*, 1. 17-16.

Mais le résultat de cette dialectique, constaté par Gilles, c’est de faire éclater l’incertitude de l’aristotélisme, l’ignorance d’Aristote ; et Nicolas reconnaît s’être proposé ce but. Serait-ce pour exercer seulement son esprit, accomplir une prouesse ? Si jeu il y a, Nicolas paraît bien s’être pris à son jeu : nous avons déjà rappelé les articles extraits de VExigit ordo, où, de l’inévidence de l’aristotélisme, Nicolas conclut que les hommes doivent abandonner l’étude d’Aristote et du commentateur. Ici se précise la figure de l’Aristote médiéval, l’adversaire de Nicolas : Aiistote, ce ne sont pas seulement des thèses métaphysiques auxquelles on pourrait opposer d’autres thèses ; Aris ote, c’est rne formation de l’esprit, une culture (1’ristotélisme médiéval, c’est d’abord une formation dialectique de l’intelligence, de même que le cartésianisme se définira d’abord par une préparation mathématique à la philosophie) ; le philosophe, qui inventa la logique, est le maître à penser ; le xive siècle est un siècle logicien ; Aristote, c’est la culture logicienne que les contemporains de Nicolas s’épuisent à acquérir : multum admiratur quod aliqui student in Aristotele et commentatore usque ad elalem decrepitam, et propter eorum sermones logicos… L., p. 37*, 1.28-30. Si nous demandons à Nicolas quelle leçon porte sa polémique avec Bernard, la voici sans doute : Aristote jugé par le premier principe, doctrine incertaine, donc culture inutile. Mais Nicolas n’est pas moins logicien que ses adversaires, il l’est davantage : on pourrait le voir comme un homme qui vit dans une culture, la pousse à bout, en épiouve le néant. D’où l’aspect de ses lettres : des exercices d’école qui découvrent la vanité de l’École. Une brève introduct ion à l’étude de VExigit ordo assurera davantage cette interprétation de Nicolas d’Autrecourt.

III. Introduction a l’étude du traité « Exigit ordo… » — 1° Les articles de la « Discussio errorum » : « de eternilale rerum ». — Mis à part les articuli missi de Parisius, une proposition qui reprend le thème de la prima cedula --liaison des existences, L., p. 37*, 1. 10 — et deux articles que nous renvoyons aux paradoxes logiques et moraux, L., p. 37*, 1. 14 et p. 40*, 1. 26, les articles de la Discussio errorum se répartissent en deux groupes : quatr : propositions d’abord nous parlent de Nicolas et de la mission qu’il croit sienne,

contre Aristote, L., p. 36*, 1. 35 ; p. 37*, 1. 5, 1. 20 et 1. 26 ; tout le reste traite de elernilate rerum (nous tenons cette expression de notre manuscrit, BodL, fol. 2 r° et fol. 5 v°, notes marginales ;. Nous aidant de VExigit ordo, examinons ces articles que Nicolas n’a pas tous avoués : quorum aliquos simpliciter et aliquos sub forma qua ponuntur se dixisse negauit. L., p. 37*, 1. 18.

1. Quod res absolute permanentes sunt elerne, … L., p. 37*, 1. 35. — Il s’agit des substances et des accidents auxquels l’aristotélisme commun attribue génération et corruption : Nicolas refuse le passage du néant à l’être ou de l’être au néant. — On peut rapporter cette proposition au tractatus primus, BodL, fol. 5 v°, col. B ; c’est la réponse de Nicolas à la question qui ouvre ce traité : an intelleclus naturaliter possit dicere sicut conclusionem scitam ab eo, quod alique res absolute permanentes non sunt eterne, de quibus communiter dicitur quod generantur et corrumpuntur… ? (loc. cit.). Nous savons que Nicolas montre d’abord que, pour les qualités sensibles mêmes, nous ne pouvons être certains qu’elles se corrompent. Il assure, ensuite que, s’il faut prendre parti entre la nonéternité et l’éternité, c’est la seconde que l’on doit choisir, BodL, fol. 6 r°, col. A : nous retrouverons ses raisons qui valent pour toutes choses composant l’univers. La perspective d’éternité sera complète quand on aura traité de actibus anime, de motu, derespectibus. Or, a) aclus anime noslre sunt eterni, L., p. 39*, 1. 26, cf. in/ra 11 ; b) à considérer la réalité à part de l’intellect, motus non distinguitur a mobili — le mobile, ce sont les atomes, ingénérables et incorruptibles ; c) de même, respectus non distinguuntur ab extremis, les termes des rapports sont res absolute, choses éternelles. Ainsi probabile est quod omnes res sunt eterne, BodL, fol. 8 r°, col. A. Notre proposition : quod res absolute permanentes…, nous place au principe de la réduction de toute réalité à des éléments ingénérables et incorruptibles.

2. Quod in rébus naturalibus non est nisi motus localis. L., p. 38*, 1. 1. — Nicolas ramène génération, corruption, altération à des déplacements d’atomes, corpora athomalia. — Nous sommes encore à la première partie du primus tractatus déjà analysée : de ce qu’une chose a cessé d’apparaître, on conclut en aristotélisme qu’elle a cessé d’être. Il y a trois manière d’échapper à cette conclusion ; Nicolas retient la première (primum intellectum qui probabilior electus est, BodL, fol. 6 r°, col. B), qui consiste à décomposer en atomes, minima, les choses sensibles, BodL, fol. 6 r°, col. A. Notre proposition arrive pour conclure : Sic ergo in rébus nature non est nisi motus localis sed quando ad talem motum, etc. BodL, fol. 6 v°, col. A. Nicolas indique ensuite que ce qui réunit les atomes en corps, c’est l’action de certains, retenant les autres sicut adamas ferrum, loc. cit. Sur les sources possibles de cet atomisme, cf. L., p. 29.

3. Quod lumen nichil aliud est, quamquedam corpora. L., p. 38*, 1. 11. La lumière se ramène à des corps en mouvement. — Après une explication mécaniste de la génération, de la corruption de l’altération, il faut à Nicolas, pour répondre à ses adversaires, une explication mécaniste de la lumière : possel dici quod ipsum lumen…, BodL, fol 6 v°, col. A. Et que l’on n’objecte point son instantanéité, quod lumen generatur in inslanti ; on peut répondre que c’est seulement une apparence : in inslanti quia quasi subito in lempore, de même que le son, qui se propage dans le temps sans qu’il y paraisse : secundum doctrinam communem multiplicat se in medio successive… videtur tamen fieri quasi subito ; des corps qui sont la lumière, Nicolas écrit : quasi subito videntur se diflundere per totum médium, loc. cit.