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LE COLLAGE

économisé la vanille, ni la fleur d’oranger… À moins que depuis l’hiver dernier, je ne sache plus la recette !…

— Il n’y a que toi, Nanon, il n’y a que toi !…

Et j’ai enfoncé ma cuiller dans la succulente pâte onctueuse et parfumée, — un secret de Nanon, que, le jour ou je la perdrai, Nanon emportera avec elle dans la tombe, — dans la succulente pâte recouverte d’un glacis blanc comme la neige et saupoudré d’anis roses et bleus. Et, tout en reprenant trois ou quatre fois de ce gâteau, je pensais à mon enfance, au temps où j’étais gourmand, — comme à présent ! — où je ne savais rien de la vie, et où je portais des pantalons courts… Puis, j’ai plié ma serviette, comme d’habitude. J’ai bu à petites gorgées mon café bouillant, et je suis venu m’asseoir, ici, dans mon cabinet. Ici, un peu las et désirant rentrer en moi-même, j’ai ouvert un tiroir fermé à clef, et j’en ai sorti ces feuilles.

Les plus anciennes déjà jaunies… Toutes remplies d’Hélène…

Hélène ! ............

Hier, le grand jour, il fallait qu’elle fût belle, et elle l’a été. Belle ! c’est-à-dire imposante et gracieuse, fière et touchante, à la fois maîtresse de maison se multipliant pour ses invités, et reine héroïque, magnétisant tout une ville féroce récemment vaincue et reconquise, elle a été cela !…