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JOURNAL DE MONSIEUR MURE

nêtre mansardée je ne pouvais plus la voir. Et le temps me paraissait long.

— Si elle montait !

Et je savais pourtant qu’elle ne montait jamais chez moi. Puis, toujours à ma fenêtre, je l’ai retrouvée sur la promenade, apparaissant et disparaissant entre les touffes vertes des jeunes platanes, s’éloignant d’un pas souple, rythmique, révélé par les petits balancements gracieux de son ombrelle. Puis, elle ne fut plus, entre les deux barres vertes des platanes resserrés, qu’une mince tache gris-perle, toujours gaie à l’œil, imperceptible à la fin, claire encore. Et quand, l’ayant enfin perdue de vue, je me retirai de la fenêtre avec un violent torticolis, ma pensée continuait à la suivre.

Elle sort ainsi tous les jours, à la même heure, du chalet suisse de Moreau, d’ici semblable, avec son grand toit ridicule retombant bas et son peinturlurage rouge brique, à un jouet d’enfant, lourd et grossièrement fait. Irréprochable de tenue, noble et charmante, mieux mise que les autres, et avec ce cachet de Paris qu’on ne lui pardonne pas, elle entre en ville.

En ville, elle sait bien où elle est : X… tout entière, la connait maintenant et ne l’aime pas. Voici venir, en face, des dames avec qui elle n’est plus en visite. Leurs regards la dévisagent, la fouillent, la déshabillent ; puis, quand elle