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LE RETOUR DE JACQUES CLOUARD

prétexte que ceux-ci n’étaient que des bourgeois.

Heureusement, le Bellevillois vint l’avertir, tout bas. Puisqu’il n’y avait pas moyen de rester dans cette cour du roi Pétaud, l’on s’éclipsait l’un après l’autre. Rendez-vous dans un restaurant voisin…

Là, on ne fut qu’une trentaine, des citoyens sérieux, se connaissant de longue date. On mangea au moins, on causa à cœur ouvert. Mais la soirée fut mélancolique. Tous s’accordaient à trouver Paris triste, mortellement triste. En dehors de leurs infortunes privées, sur lesquelles la plupart se montraient très discrets, tous avaient passé par une même sensation pénible, douloureuse. Oui, après la première ivresse du retour, les lampions de la fête du Quatorze à peine éteints, ils s’étaient aperçus que, pendant leur absence, la vie avait suivi son cours. Les idées et les hommes étaient devenus différents. Chacun de son côté avait souffert d’un même malaise, spécial : le dépaysement.

Puis, au dessert, les têtes se trouvèrent montées, la conversation s’élargit. Ils se communiquèrent, avec sincérité, leurs diverses impressions politiques et sociales. Là encore, ils se trouvaient unanimes. C’était du propre ! La République actuelle, avec ses impérissables institutions monarchiques : un leurre ! On se serait cru encore sous l’empire. Vénalité, égoïsme, injustice, prostitution : les vices se portaient joliment bien. La misère, comme la corruption universelle, n’a-