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LE COLLAGE

Pascal, de Clara et d’Adèle ? Donc, c’était l’exil qui continuait pour lui à leur égard. C’était l’amnistie devenue lettre morte. Alors, soit ! L’exil ne lui faisait même plus très peur : il y était accoutumé.

Tiens ! il se surprenait maintenant à regretter cet exil. N’était-il pas plus heureux là-bas, certain soir d’été, six années auparavant ? Il s’en souvenait. Par une magnifique nuit, assis dehors avec trois ou quatre camarades, on parlait de Paris, en fumant des pipes, en regardant les étoiles. La lecture des journaux arrivés le matin était rassurante. Chacun croyait à une amnistie prochaine. Le Bellevillois, avec sa verve de peintre en bâtiment, leur pariait à chacun dix tournées, que le prochain Jour de l’An, — celui de 1875, hélas ! — on se souhaiterait tous la bonne année, rue Puebla, chez certain troquet, de lui connu, où la goutte était fameuse. Aux rires, succédaient des silences émus : chacun pensait à ceux qu’il reverrait bientôt. Aujourd’hui, six ans après cette bonne soirée, Jacques croyait entendre encore un vent doux qui passait dans les grands pins colonnaires de l’île, en rendant le bruit de la mer. Ils y étaient enfin, dans leur Paris : voici que la réalité, pour lui du moins, ne valait pas le désir.

Alors, les autres ? Comment se trouvaient-ils de leur retour ? Non seulement les deux camarades qui avaient fait route avec lui, le peintre de Belleville, et le serrurier de Montrouge ? Mais ceux