Ouvrir le menu principal

Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/87

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


puisque c’est désirer le renouvellement de l’intolérance, de la tyrannie et de ce qui tend à abrutir l’espèce humaine. Voilà où j’en suis… Vous pourrez mettre fin quand vous le voudrez à ces souhaits coupables qui blessent la délicatesse de nos sentiments. Je ne vous presse point, je ne vous importunerai pas, et j’attendrai en silence le moment où l’ingratitude vous obligera de prendre pour patrie un pays où vous êtes déjà naturalisé dans l’esprit de ceux qui pensent et qui ont assez de connaissance pour apprécier votre mérite. »

Cette épître flatteuse causa au philosophe une satisfaction qui perce aisément dans sa correspondance, car il y revient à plusieurs reprises :

« Le 16 août 1763 (après-midi).

« On dit que nous allons demain à Potsdam…

« Le Roi m’a fait de sa main une réponse charmante et qui mérite bien d’être mise à côté de celle de la Czarine, je vous la garde et vous en jugerez comme moi. Plus je vois approcher le terme de mon départ, plus je sens de regrets et d’envie d’emporter son amitié.

« Le prince Ferdinand, frère du Roi, arrive ces jours-ci des eaux d’Aix-la-Chapelle ; j’espère le voir avant mon départ, mais ce qui m’afflige fort, c’est que je ne verrai point le prince Henri, qui est à vingt lieues