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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/79

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« Oserais-je vous prier de vouloir bien assurer Mme de Luxembourg[1] de mon respect et de lui témoigner combien je suis sensible à l’honneur de son souvenir ? Je ne manquerai pas de dire au Roi, et dès aujourd’hui, les regrets qu’elle a de penser qu’elle mourra sans le voir, et je vous assure qu’elle a bien raison.

« Quoique ma santé se soit assez bien soutenue, j’appréhenderais qu’un plus long séjour ne la dérangeât, je commence à sentir dans les jambes une espèce de pesanteur qui vient vraisemblablement du peu d’exercice que je fais par comparaison à celui que je fais à Paris. De plus, quelque sobre que je sois à la table du Roi, cependant comme il faut manger et que tout est épicé et farci, cette cuisine m’incommoderait infailliblement à la longue. Je n’ai encore mangé qu’une seule fois du bouilli franc sans ragoût et une seule fois de vrai potage ; voilà de beaux détails !

« Nous avons été hier dîner et souper à Sans-Souci, et je suis revenu coucher ici, parce qu’il n’y a de place à Sans-Souci que pour le Roi et les princesses ; nous aurons aujourd’hui la comédie, et qui ne sera pas trop bonne, car il n’y a ici qu’un commencement de troupe, et demain bal et illuminations, et après-demain tout s’en ira.

  1. Luxembourg (Madeleine-Angélique de Neufville-Villeroy, marquise de Boufflers, duchesse de) (1707-1787). Elle avait épousé en premières noces le duc de Boufflers. Après une jeunesse plus que galante, elle était devenue l’arbitre du bon ton et son salon réunissait l’élite de la société.