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Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/73

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voudrait plus des vêpres de Lulli. Je vous prie cependant de lui dire mille choses pour moi et de le remercier de l’honneur de son souvenir ; car

L’inimitié qui règne entre nos deux partis,
N’y rend pas de l’honneur tous les droits amortis.

« Ah ! mon Dieu, oui, ce huitième volume de Voltaire est à faire vomir par la bassesse et la platitude de ses éloges. C’est bien la peine d’avoir plus de cent mille livres de rente et d’être dans un pays libre pour écrire ainsi l’histoire : et à qui croit-il en imposer[1] ? Cela fait pitié ! Il est bien digne, après cela, d’avoir fait une plate parodie du réquisitoire d’Omer, qu’il était si aisé de tourner en ridicule au moins par l’idée que je m’en forme, car je n’ai pas eu le bonheur de le lire, et je n’y ai pas grand regret.

« Oui vraiment Rousseau est brouillé, et depuis longtemps, avec Mme de Boufflers ; elle me l’avait dit avant son départ pour l’Angleterre, et vous l’aurait dit de même, si l’occasion s’en fût présentée, car elle n’en faisait pas un secret. J’imagine que je serai bien mal avec elle à son retour, car je ne lui ai pas desserré les dents. Il est vrai qu’elle et moi nous avons reçu tant d’honneurs en même temps[2], que nous n’avions guère

  1. D’Alembert fait allusion à l’Histoire de Russie, par Voltaire.
  2. Mme de Boufflers venait de faire un assez long séjour en Angleterre ; elle y avait reçu l’accueil le plus empressé.